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Les différentes formes et représentations de la grand-parentalité au Québec : diversité et inégalités

Cette étude a été menée par l’Institut national de recherche scientifique et commandée par l’AREQ.

Réalisée en 2025, cette étude s’appuie sur une enquête menée auprès de 900 grands-parents représentatifs de la population québécoise. Elle explore la grand-parentalité sous toutes ses formes : les profils sociodémographiques des grands-parents, la fréquence et la nature des contacts avec les petits-enfants, la qualité des liens affectifs, ainsi que les multiples formes d’aide et de soutien, qu’il s’agisse de temps consacré, d’appui financier ou d’entraide au quotidien.

Les résultats mettent en lumière un rôle essentiel dans la solidarité familiale : les grands-parents contribuent non seulement à la garde et au bien-être des plus jeunes, mais aussi à la transmission de valeurs et de ressources. Ce rôle, toutefois, s’exerce dans un contexte d’importantes disparités, influencé par le statut socioéconomique, le genre et la proximité géographique.

1. Portrait des grands-parents québécois

Portrait sociodémographique

La majorité des grands-parents interrogés vivent en couple : plus de la moitié sont mariés, et environ 19 % vivent en union libre. Les autres sont séparés, divorcés, veufs ou célibataires.

Sur le plan géographique, 45 % habitent la grande région de Montréal, 12 % celle de Québec et 11 % dans d’autres grandes villes (Gatineau, Sherbrooke, Saguenay, etc.). Environ 32 % vivent dans de petites villes ou en milieu rural. La plupart sont nés au Canada (94 %), avec une minorité de 6 % d’immigrants.

Emploi, retraite et bénévolat

La plupart sont retraités (près de 86 %). Chez les moins de 65 ans, une proportion importante est encore au travail, souvent à temps plein. Certains doivent concilier travail et rôle de grands-parents, notamment lorsque les petits-enfants sont jeunes.

Environ un quart des grands-parents font du bénévolat, surtout les retraités.

Santé

La majorité se considère en bonne ou très bonne santé, même si près de 45 % déclarent souffrir d’une maladie chronique ou d’une incapacité. Les problèmes de santé augmentent avec l’âge et peuvent limiter la capacité à s’occuper des petits-enfants.*

Situation financière

Les inégalités sont marquées.

  • Revenu : 13 % vivent avec moins de 30 000 $ par an, alors qu’une minorité atteint plus de 150 000 $.
  • Patrimoine : près du tiers a moins de 100 000 $
  • en avoirs, mais 15 % possèdent plus d’un million.
  • Genre : les hommes sont beaucoup plus nombreux que les femmes à détenir un patrimoine élevé.

Dette : la majorité a peu ou pas de dettes, ce qui reflète une relative stabilité à la retraite.

*Il est bien établi que les groupes plus vulnérables ou marginalisés ont une plus faible probabilité de participer à des enquêtes.

L’appartenance syndicale durant la carrière est un facteur important : les ex-travailleurs syndiqués reçoivent plus souvent une pension d’employeur, qui contribue à la stabilité financière.

2. Fréquence et nature des contacts

Les contacts en personne

Près des deux tiers des grands-parents voient leurs petits-enfants au moins une fois par mois. Pour 31 %, les contacts sont hebdomadaires. Les visites en personne demeurent le cœur de la relation. Toutefois, une minorité de grands-parents (environ 6 %) ne voient presque jamais leurs petits-enfants.

Autres formes de communication

Les appels téléphoniques et les messages complètent les contacts en personne. Ils sont particulièrement utiles lorsque la distance géographique est plus grande. Les appels vidéo sont très appréciés pour maintenir le lien avec les plus jeunes.

Influence de l’âge

  • Les grands-parents plus jeunes voient leurs petits-enfants plus souvent.

La fréquence diminue avec l’âge des petits-enfants : elle est maximale pour les moins de 5 ans, et minimale une fois devenus adultes.

Différences de genre

  • Les grands-mères entretiennent des contacts plus réguliers que les grands-pères, surtout par messagerie.

La fréquence des contacts est plus forte du côté maternel : les petits-enfants d’une fille voient leurs grands-parents plus souvent que ceux d’un fils. Cela illustre le rôle central des femmes comme gardiennes des liens familiaux.

3. Proximité affective et résidentielle

Lien émotionnel

Malgré la baisse de fréquence avec l’âge, la proximité affective reste forte. Près des trois quarts des grands-parents déclarent se sentir très proches de leurs petits-enfants.

Les grands-mères rapportent une proximité émotionnelle plus intense que les grands-pères.

Proximité des lieux de résidence

La majorité habite à moins d’une heure de route du petit-enfant le plus âgé. Seule une minorité vit à plus de trois heures de distance. Une faible proportion cohabite dans un ménage multigénérationnel ou vit dans le même quartier.

La proximité résidentielle favorise naturellement les visites en personne et le gardiennage.

4. Aide sous forme de temps

Le gardiennage

Le gardiennage est fréquent, surtout par les grands-mères, mais les grands-pères y participent aussi. Environ un tiers des grands-parents s’occupent de leurs petits-enfants régulièrement, parfois chaque semaine.

Contrairement à la fréquence des visites, le gardiennage ne varie pas selon que l’enfant est la fille ou le fils : les grands-parents aident autant leurs fils que leurs filles.

Autres aides pratiques

Au-delà du gardiennage, de nombreux grands-parents accompagnent les petits-enfants à des activités, les aident aux devoirs ou offrent du soutien dans la vie quotidienne.

5. Aide sous forme financière et matérielle

Transferts financiers

Plus de la moitié des grands-parents ont donné de l’argent ou un bien matériel dans l’année écoulée. Dans la plupart des cas, il s’agit de montants modestes, mais environ 9 % ont donné plus de 1 000 $.

Près de 15 % contribuent à un REEE (Régime enregistré d’épargne-études) pour leurs petits-enfants. Plus de la moitié prévoient un héritage.

Inégalités économiques

Les grands-parents les plus riches sont aussi ceux qui donnent le plus, que ce soit en argent, en biens, en placements ou en héritage prévu. Ainsi, les inégalités de richesse se transmettent d’une génération à l’autre, consolidant l’avantage des familles favorisées.

Différences de genre

On observe que les grands-mères investissent davantage dans l’éducation plutôt que de faire des dons en argent, tandis que les grands-pères donnent souvent des montants plus élevés.

6. Aide reçue par les grands-parents

Contrairement aux transferts financiers qu’ils offrent, les grands-parents reçoivent rarement de l’aide financière ou pratique de leurs enfants et petits-enfants.

Cependant, les plus âgés, ceux en moins bonne santé ou dans une situation économique précaire, bénéficient plus souvent d’un soutien. Cela reste marginal par rapport à l’aide donnée.

7. Conclusion générale

Cette recherche brosse un portrait riche et nuancé de la grand-parentalité au Québec. Quelques grands constats se dégagent :

  1. Un rôle actif et varié : les grands-parents sont très impliqués dans la vie de leurs petits-enfants, tant sur le plan affectif que pratique et financier.
  2. Des inégalités importantes : la richesse et le statut socioéconomique influencent fortement la capacité des grands-parents à soutenir leur famille. Les écarts de patrimoine et de revenu contribuent à la reproduction des inégalités entre générations.
  3. Le poids du genre : les grands-mères sont plus présentes, tant dans la fréquence des contacts que dans le gardiennage et la proximité affective. Le rôle des femmes comme pivot des relations familiales demeure très marqué.
  4. L’importance de la proximité géographique : habiter près de ses petits-enfants favorise les rencontres, la garde et l’entretien du lien émotionnel.
  5. Une solidarité principalement descendante : les transferts vont surtout des grands-parents vers les enfants et petits-enfants, et rarement dans l’autre sens, lorsque les grands-parents sont en bonne santé médicalement et financièrement parlant.En somme, la grand-parentalité québécoise se révèle être à la fois une source de soutien familial précieux et un espace où se reflètent les inégalités sociales. Les grands-parents sont porteurs de stabilité, de ressources et d’affection, mais leurs possibilités d’agir dépendent largement de leur santé, de leur revenu et de leur parcours de vie.

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