L’AREQ : d’une génération de militantes à l’autre
Entrevue avec Ginette Plamondon
Ginette Plamondon a été pendant 12 ans conseillère au dossier des femmes pour l’AREQ, avant de prendre sa retraite en 2024. Son parcours l’avait précédemment amenée à occuper pendant plus de 15 ans des postes au sein du Conseil du statut de la femme et du Secrétariat à la condition féminine.
Cet engagement fait d’elle la personne tout indiquée pour témoigner à la fois de la contribution de l’AREQ à l’avancement des droits des femmes et des batailles qu’il reste à mener.
Madame Plamondon, quels sont, selon vous, les dossiers les plus marquants en matière de droit des femmes dans le travail réalisé par l’AREQ depuis sa création en 1961 ?
La création de l’AREQ représente en soi un gain extraordinaire pour les femmes retraitées, puisqu’elles forment la vaste majorité de ses membres. Au moment de sa retraite, Laure Gaudreault a rapidement constaté la pauvreté dans laquelle vivaient ses ex-collègues, ce qui l’a amené à créer l’AREQ. Sa mission consistait à défendre leurs droits en vue d’assurer de meilleures conditions de vie au moment de la retraite.
Les gains réalisés par l’AREQ ont largement contribué à l’amélioration des droits des femmes aînées. Au fil des ans, l’AREQ n’a jamais ménagé ses efforts en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. La lutte à la pauvreté, la place des femmes dans les lieux de pouvoir, la féminisation des textes, la laïcité, la lutte aux stéréotypes sexistes et la reconnaissance des personnes proches aidantes, pour ne nommer que ceux-là, ont constitué d’importants chevaux de bataille de l’AREQ.
Quelle manifestation de mobilisation et de solidarité entre femmes, dont vous avez été témoin, vous a le plus touchée ?
J’ai eu la chance de vivre le processus d’adoption de la Loi sur l’équité salariale de l’intérieur du gouvernement. Cette extraordinaire victoire a été rendue possible grâce à la mobilisation sans faille des militantes syndicales et des groupes de femmes qui ont su rallier les chercheuses universitaires, les élues de toute allégeance politique, ainsi que les féministes d’État du Conseil du statut de la femme et du Secrétariat à la condition féminine.
Cet engagement commun a permis d’arracher une loi novatrice, avec des impacts concrets sur les conditions de travail de milliers de femmes, et illustre le pouvoir que détiennent les femmes lorsqu’elles s’unissent en vue d’un objectif commun.
À votre avis, quels sont aujourd’hui les défis les plus importants en matière d’égalité pour les femmes retraitées, et plus largement pour les femmes ?
Malgré des avancées significatives réalisées au cours des dernières années, les femmes aînées doivent vivre avec des revenus largement inférieurs à ceux de leurs vis-à-vis masculins. Face à cette réalité, l’accès à des services publics demeure un enjeu primordial pour elles.
Tant en matière de services de santé, de soutien à domicile que de logement, les femmes aînées doivent pouvoir compter sur des services gratuits, accessibles et de qualité. Or, la privatisation des services publics à laquelle nous assistons depuis plusieurs années représente un risque majeur pour toute la population et particulièrement pour les aînées. L’AREQ constitue un allié important dans la lutte pour la préservation des services publics.
Quel message aimeriez-vous transmettre à celles qui poursuivent ce travail ?
Je ferais un appel à une vigilance de tous les instants. La grande Simone de Beauvoir nous disait : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique, ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis ».
Ne pas reculer, maintenir les droits arrachés de chaudes luttes devrait guider les combats actuels et futurs des femmes.
Le monde occidental vit actuellement de grands bouleversements au plan de la démocratie et des droits de la personne. Le combat pour la démocratie est aussi une lutte féministe, car, même si elle ne garantit pas l’égalité entre les femmes et les hommes, je suis convaincue que sans la démocratie les femmes ne pourront jamais occuper pleinement la place qui leur revient.
| Remerciements Merci à Mme Plamondon pour ces paroles empreintes de sagesse, qui sauront assurément inspirer les membres de l’AREQ dans la poursuite de leur engagement en faveur de plus de justice et d’égalité pour les générations futures de femmes. |