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Élections 2026 : remettre la question des classes au cœur du vote des personnes aînées

Il y a une idée reçue tenace qui circule dans les analyses électorales et qu’on entend parfois jusque dans les salles de nouvelles : les personnes aînées voteraient en bloc, de façon prévisible, pour les partis qui leur font les promesses les plus généreuses. Un électorat captif, en quelque sorte, qu’il suffirait d’acheter avec une allocation bien calibrée.

Cette image est problématique. Et pour bien comprendre d’où vient le vrai pouvoir politique des personnes retraitées et aînées, il faut d’abord comprendre pourquoi cette perception est erronée.

D’abord, les chiffres
Les personnes de 65 à 74 ans ont affiché le taux de participation le plus élevé de tous les groupes d’âge aux élections provinciales de 2022 : 78 %. Les 75 ans et plus suivaient à 69 %, ce qui est bien au-dessus des 54 % enregistrés chez les 18 à 34 ans.1 Dans un scrutin serré, une tranche de l’électorat qui vote à 78 % n’est pas à négliger.

Et le groupe grossit. Les personnes de 65 ans et plus représentent aujourd’hui 20 % de la population québécoise. En 2050, ce sera 27 %.2 D’ici 2031, un Québécois sur quatre aura plus de 65 ans. Cela veut dire que l’influence électorale des personnes aînées va croître de manière organique à chaque cycle électoral.

Ensuite, la réalité que cachent ces chiffres
Derrière le chiffre de 78 %, il y a cependant diverses réalités économiques. En 2022, le revenu après impôt médian des personnes de 65 ans et plus au Québec était de 30 900 $. La moitié des personnes aînées vivaient donc avec moins que ce montant, ce qui est en soi une injustice sociale et économique. Et si on divise la population en cinq groupes égaux, le revenu moyen du groupe le plus pauvre tombe à 15 200 $, tandis que celui du groupe le plus riche atteint 69 900 $.3 Ces écarts de revenu ne sont pas marginaux.

Les femmes aînées vivent avec un revenu médian de 21 000 $, soit 10 000 $ de moins que les hommes du même groupe d’âge. L’écart est encore plus marqué chez les personnes aînées issues de minorités visibles, dont le revenu médian tombe à 17 900 $.4 Ces inégalités ne sont pas des accidents biographiques : elles sont le reflet des décennies d’écarts salariaux, de travail à temps partiel et de carrières interrompues pour assumer des responsabilités familiales non rémunérées.

Il y a aussi la ligne de fracture entre propriétaires et locataires. Plus de la moitié des ménages aînés appartenant au quintile le plus pauvre consacrent 30 % ou plus de leur revenu au logement. Chez les plus riches, cette proportion n’est que de 2,6 %. Deux personnes aînées qui votent dans la même circonscription peuvent donc vivre dans des univers économiques sans commune mesure.

Cette diversité est une force
Par définition, un électorat homogène et prévisible est tenu pour acquis. Un parti qui sait que les membres de ce groupe voteront toujours pour lui n’a aucune raison de les courtiser sérieusement. Il peut se contenter d’une promesse symbolique, d’un chèque ponctuel, d’une allocation bien nommée et le tour est joué.

Un électorat diversifié et exigeant est une autre affaire. Si les personnes aînées à faible revenu, les locataires et les femmes seules expriment des besoins et des préoccupations différents, les partis ne peuvent pas s’en tirer avec une seule mesure attrape-tout. Ils doivent répondre à des demandes précises, sans quoi ils risquent de perdre les votes de sous-groupes dont le poids électoral est pourtant bien réel.

Ce que cela signifie concrètement
Il faut donc nommer les sous-groupes les plus vulnérables, plutôt que de parler des personnes aînées comme d’un ensemble uniforme. Les données sont claires : les femmes seules, les locataires à faible revenu et les personnes aînées issues de minorités visibles vivent dans des conditions économiques très différentes de celles de la moyenne du groupe. Une politique qui améliore la situation moyenne sans toucher à ces sous-groupes ne règle pas grand-chose pour celles et ceux qui en ont le plus besoin.

Un parti qui traite les personnes aînées comme un bloc homogène fait donc une erreur stratégique autant que politique. Les stratèges qui croient pouvoir acheter le vote des personnes retraitées et aînées avec une seule promesse bien emballée sous-estiment leur électorat.

Le clivage des classes demeure bien réel
Parler des personnes aînées comme un bloc monolithique évacue, en ce sens, la question des classes sociales. Les engagements des partis politiques à l’égard des personnes aînées n’excluent donc pas cette réalité. Par exemple, une promesse de réduction des impôts sur les revenus de retraite et un soutien financier accru pour les CHSLD publics visent tous deux des personnes aînées, mais pas de mêmes classes sociales.

Il est temps d’en finir avec le mythe selon lequel les personnes aînées forment un bloc monolithique à courtiser. L’écart de richesse entre les différentes classes sociales ne disparaît pas à 65 ans. Au contraire, il s’accentue. Il est donc grand temps que les partis politiques qui courtisent cette tranche de la population en tiennent compte dans leurs calculs.


1 Élections Québec, Participation électorale aux élections générales du 3 octobre 2022, 2024.
2 Observatoire des inégalités du Québec, Bien vieillir au Québec : portrait des inégalités entre générations et entre personnes aînées, 2023.
3 Observatoire des inégalités du Québec, La population aînée du Québec face à d’importantes inégalités, mai 2025.
4 Le Devoir, Les inégalités financières minent les conditions de vie des aînés, novembre 2022.

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