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Réévaluer nos croyances pour accéder aux bénéfices qu’engendre l’engagement social

Dans le cadre de ma collaboration avec l’AREQ, je présente et anime depuis maintenant quatre ans une conférence sur l’adaptation psychosociale à la retraite. Lors de ces rencontres, je pose systématiquement la même question : « Que faites-vous dans la vie ? » La quasi-totalité des participantes et participants me répondent en me parlant de leur emploi. Cette réponse témoigne de la place centrale du travail dans notre définition de ce que nous sommes. La retraite ne met donc pas seulement fin à un emploi, elle soulève une nouvelle question : « Qui suis-je maintenant et à quoi je sers ? »

Pendant des années, le travail structure le sentiment d’utilité. Il organise le quotidien, donne une direction, et impose une forme de contribution qui, en retour, suscite une certaine reconnaissance. Lorsqu’il disparaît, plusieurs individus se tournent vers des loisirs. Bien qu’importants, les loisirs ne répondent pas toujours au besoin de se sentir utile. C’est souvent sur ce point qu’un décalage s’installe : les journées sont bien remplies, mais un sentiment de manque de sens subsiste. Ce sentiment devient parfois chez certaines personnes un moteur pour chercher une manière de contribuer, de s’engager, de se redéfinir — sur la base d’implications qui résonnent avec leurs valeurs.

Au Canada, plus du tiers des personnes âgées de 65 à 74 ans s’impliquent dans des activités formelles de bénévolat, et elles comptent parmi les personnes qui y consacrent le plus d’heures. À cela s’ajoute une réalité souvent moins visible : près de 8 aînés sur 10 offrent également de l’aide informelle auprès de leur entourage. Cet engagement social est porteur de réels bénéfices. On l’associe à une réduction des symptômes dépressifs, à un plus grand sentiment de bien-être, à une meilleure santé sociale et à un plus grand sentiment d’efficacité personnelle.

Malgré ces bienfaits, il arrive que notre cerveau engendre ou appréhende certaines croyances qui freinent notre élan d’implication sociale, limitant du même coup l’accès aux bénéfices associés. La manière dont on se perçoit et dont on évalue nos capacités peut nous amener à ne pas nous engager, non pas par manque d’intérêt, mais par doute ou par appréhension face à ce qui est moins familier. L’incertitude peut ainsi prendre la forme de pensées telles que : « Je ne sais pas dans quoi m’investir », « Je n’ai jamais fait ça », « Je ne serai pas capable. »

Ces pensées s’appuient souvent sur un constat objectif : plusieurs formes d’engagement n’ont effectivement jamais fait partie de notre parcours antérieur, faute de temps, d’opportunités ou autres.

Le problème ne réside pas dans le fait de ne pas savoir, mais dans la conclusion que ne pas savoir implique nécessairement ne pas être capable. Cette conclusion hâtive tend à freiner l’exploration et, par conséquent, à réduire les opportunités d’engagement. L’objectif, pour résoudre ce problème, est donc de réorienter nos croyances. Non pas en cherchant à se convaincre que l’on sait déjà faire, mais en s’appuyant sur un autre fondement : notre capacité à apprendre.

Si l’on évalue uniquement notre capacité de contribution à l’aune de ce que l’on maîtrise actuellement, nos options se restreignent. À l’inverse, se dire que l’on peut encore développer de nouvelles compétences permet d’élargir les possibilités qui s’offrent à nous. Ainsi, la question devient moins « Qu’est-ce que je sais faire ? », mais plutôt « Suis-je encore capable d’apprendre et de m’adapter ? » Pour plusieurs personnes, la réponse est alors oui — à condition de s’être posé initialement cette bonne question et de se donner l’occasion d’apprendre et de s’adapter.

L’objectif de cette réorientation des croyances est donc de ne plus se reposer uniquement sur ses connaissances passées, mais de reprendre confiance en sa capacité à apprendre. Cette posture ouvre, à chaque individu, la porte vers des formes d’engagement non explorées auparavant, que ce soit au profit de causes sociales, environnementales, politiques ou communautaires.
Au fond, l’enjeu n’est pas tant de savoir s’il est pertinent de s’engager, mais plutôt de reconnaître ce qui, dans notre manière de penser, nous rapproche ou nous éloigne de cette démarche d’engagement. À la retraite, ce ne sont pas seulement les opportunités qui changent, mais le regard que l’on pose sur celles-ci. Et parfois, ajuster ce regard suffit à ouvrir un nouvel espace au sein duquel il devient à nouveau possible de contribuer, d’apprendre et de se sentir utile.

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